Logo Le FigaroUne activité physique régulière et l’arrêt du tabac sont fortement conseillés.
L’athérosclérose est une maladie redoutable. Elle s’installe lentement et sans bruit pendant des dizaines d’années puis elle tue brutalement. « L’athérosclérose, c’est un vieillissement obligé, un peu comme les rides de la peau », explique d’emblée le Pr Jacques Blacher, cardiologue et directeur du Centre de diagnostic et thérapeutique de l’Hôtel-Dieu à Paris. Des petits sacs remplis de lipides, les plaques d’athérome, se forment au fil des ans sur la paroi des artères. À vitesse accrue si l’on a un taux de cholestérol élevé.

Mais le devenir de ces plaques est assez variable et mobilise aujourd’hui de nombreuses équipes de recherche. Chez certaines personnes, les plaques d’athérome sont relativement stables. Pour d’autres, elles grossissent tellement qu’elles finissent par obstruer une artère. « Comme le processus est lent, il arrive qu’une circulation collatérale à la voie principale se soit développée, ce qui, en cas d’obstruction brutale de cette dernière, limite les dégâts en aval », tempère le Pr Vincent Durlach, professeur de thérapeutique au CHU de Reims et membre de la Nouvelle Société française d’athérosclérose (NSFA). Comme un itinéraire bis dans les embouteillages.

« Généralement, ces rétrécissements n’entraînent pas l’infarctus du myocarde mais plutôt l’angine de poitrine », souligne le Pr Gilles Montalescot, cardiologue à l’institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière. Cette douleur thoracique, aussi appelée angor, se produit, notamment à l’effort, lorsque les besoins du cœur en oxygène augmentent et que la circulation ne parvient pas à y répondre. Un peu comme à l’heure de pointe sur une route dont une des voies est bloquée.

Une propriété utilisée d’ailleurs dans un examen. « C’est le principe de l’épreuve d’effort, détaille le Pr Montalescot, on augmente la demande en oxygène du myocarde en faisant réaliser un effort et, s’il y a un rétrécissement sévère en amont, on le dépiste sur l’électrocardiogramme (ECG) ». Le cœur manque d’oxygène, il souffre, et cela se voit sur l’ECG fait pendant l’effort.
« Agir plus tôt »
Mais l’obstruction n’est pas le seul mécanisme possible. D’autres fois, une plaque se rompt brutalement, libérant son contenu lipidique dans la circulation. Les plaquettes réagissent aussitôt pour former un thrombus plaquettaire (caillot). Celui-ci va alors provoquer, selon sa localisation, un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral ou une ischémie brutale (asphyxie) d’une jambe. Le tabac est tout particulièrement impliqué dans la fragilisation des plaques d’athérome. C’est pourquoi il est crucial de ne pas fumer a fortiori lorsque l’on est à risque vasculaire.

Le congrès de la société européenne d’athérosclérose, qui s’est tenu à Lyon du 2 au 5 juin, a été largement consacré aux plaques d’athérome. L’enjeu est de comprendre pourquoi certaines sont instables, fragiles, sujettes à se rompre et d’autres non. « Ce qui est sûr, c’est que plus on a de plaques d’athérome et plus on a de risques de faire un événement coronarien (infarctus, angine de poitrine, NDLR) », note le Pr Montalescot. « En réalité, ajoute-t-il, tout le monde fait des ruptures de plaque régulièrement sans s’en rendre compte. Il y a des fissures, mais ça cicatrise. »

Car il existe, dans le corps, des mécanismes antithrombogènes, c’est-à-dire qui s’opposent à la formation des caillots. On peut d’ailleurs les favoriser en donnant des traitements antiagrégants plaquettaires aux personnes à risque. « Les antiagrégants plaquettaires, par exemple l’aspirine, vont empêcher les plaquettes de s’agréger », explique le Pr Blacher. Or éviter le caillot, c’est éviter l’obstruction.

Outre les traitements classiques du diabète, de l’hypertension artérielle et de hypercholestérolémie, le Pr Durlach rappelle « qu’il ne faut pas oublier que dans la réduction des facteurs de risques cardio-vasculaires, les deux éléments majeurs sont l’activité physique régulière et l’arrêt du tabac ». À Lyon, le Pr Chris Packard de l’université de Glasgow a invité ses collègues à « agir plus tôt ». Selon lui, « il est clairement trop tard lorsque l’on intervient alors que les patients ont déjà une athérosclérose avancée ou ont déjà fait des événements cardio-vasculaires. Nous devons au contraire agir beaucoup plus tôt par des modifications des habitudes de vie afin de maximiser le bénéfice pour la vie entière ».

Le Pr Durlach reste optimiste: « Il y a de nombreux médicaments prometteurs en cours d’évaluation, notamment pour les patients chez qui l’on n’arrive pas à réduire le cholestérol avec les traitements habituels. »

Par Damien Mascret – Le Figaro : Article original