Logo Le Cercle des EchosLe choc de simplification voulu par le Gouvernement pour rapatrier la recherche clinique en France est une nécessité.
En près de trois ans, notre pays est passée de la 2ème à la 5ème place mondiale pour la portion de population française incluse dans des essais cliniques. Certes, la complexité administrative joue une large part dans ce recul et en ce sens la volonté du gouvernement est une vraie satisfaction ; toutefois, il existe un autre facteur majeur de ce recul : la multiplication des intermédiaires entre les industriels pharmaceutiques et les patients. Stopper le cascading dans la recherche clinique pour gagner en efficacité est possible, il faut miser sur des acteurs méconnus en Europe, les Academic Research Organization, un modèle économique importé des Etats Unis.

S’intéresser de près aux pratiques des Etats-Unis, numéro 1 mondial des essais cliniques, et notamment à l’écosystème complet qui a été développé pour conduire utilement la recherche clinique est instructif. Au-delà des Clinical Research Organizations (CRO, entreprises intermédiaires de recherche médicale), une large place a surtout été faite aux Academic Research Organization (ARO, réseaux de professionnels de santé développés au sein même des Hôpitaux Universitaires) pour ancrer la recherche clinique au plus près de la réalité du patient et le plus directement possible avec les praticiens et les hôpitaux.
Les ARO conduisent directement les essais cliniques et en sont des acteurs à part entière
Au cours des vingt dernières années, de prestigieuses universités américaines, telles que Duke, Harvard ou Columbia, ont mené grâce à leurs ARO des essais cliniques particulièrement prometteurs pour faire progresser la médecine dans tous les domaines. Ces ARO américaines sont devenues en quelques années un des premiers partenaires de l’industrie pharmaceutique, de grands groupes américains mais aussi français et européens, pour qui la recherche clinique est un enjeu essentiel. Le succès des ARO aux Etats-Unis tient au fait que contrairement à des CRO qui sont des intermédiaires entre des centres hospitaliers investigateurs et l’industrie pharmaceutique, les ARO conduisent directement les essais cliniques et en sont des acteurs à part entière, au contact des patients des directions hospitalières et des médecins investigateurs, en circuit court et efficace.

Aujourd’hui, les ARO sont encore marginalement développées en France et en Europe alors qu’elles permettraient d’éviter le cascading, en supprimant l’étape intermédiaire de mise en relation avec des associations de médecins ou des Directions de recherche clinique au sein des hôpitaux. Les ARO restent peu développées alors qu’elles sont tenues par des Universitaires, Professeurs de Médecine, qui ont la connaissance profonde des maladies étudiées et des systèmes hospitaliers où peuvent donc se dérouler les recherches de haut niveau dans les meilleures conditions et au bénéfice premier des patients.

Les ARO représentent de fait la meilleure interface possible entre le monde industriel (responsable du développement de nouvelles techniques ou médicaments dont les programmes de développement sont de nature industrielle et très couteux) et les hôpitaux et les patients qui peuvent participer et bénéficier de ces progrès thérapeutiques. Au-delà des études conduites, les ARO présentent un autre avantage de taille : elles ont la capacité d’être financées hors du secteur pharmaceutique, par des Fondations mais aussi par d’autres partenaires industriels prenant en compte l’impératif de faire progresser la recherche clinique pour lutter contre les premières causes de mortalité mondiale, tels que les cancers ou les maladies cardio-vasculaires.

Par le Pr. Gilles Montalescot – Le Cercle Les Echos : Article original